Homélie pour la fête de la Saint-Jean-Baptiste

Cathédrale de Joliette, le mardi 24 juin 2008
 

 

À l’occasion de cette fête de la Saint-Jean-Baptiste, permettez-moi de proposer à votre réflexion un homélie de type patriotique.

Une histoire sainte

Notre fête nationale est d’abord et avant tout une fête religieuse.  Car l’histoire du peuple canadien-français et de la société québécoise est une histoire sainte.  C’est l’histoire de la foi catholique en Amérique française; c’est l’histoire de l’expansion de l’œuvre de l’évangélisation du monde sur un nouveau continent.

Aujourd’hui, cependant, nous sommes à un tournant de notre histoire.  Un choix s’offre à nous : celui d’accueillir à nouveau notre héritage chrétien comme un don de Dieu extraordinaire et de continuer à fonder sur les valeurs de la foi catholique notre avenir; ou bien de mettre de côté cet héritage en le renvoyant à la sphère du privé, en croyant que, comme société, nous pouvons nous passer de la foi catholique.  Mais alors, quel avenir préparons-nous ?

Dans le rapport de la commission Bouchard-Taylor, présenté il y a quelques semaines (je ne l’ai pas tout lu il va sans dire), il semble bien qu’on ait privilégié cette 2e option.  Ce qui semble se dégager de ce rapport c’est que le fait religieux apparaît surtout comme un problème et une source de tension, et non pas comme un élément constitutif du développement d’un peuple et structurant l’édification d’une société.

Or, je pose à nouveau la question : si nous mettons de côté notre héritage chrétien, que deviendrons-nous ?  Sur quoi bâtirons-nous un projet de société qui soit cohérent ?

Je me permets deux exemples, conscients que j’aborde des sujets délicats et que je ne pourrai par faire toutes les nuances qui seraient nécessaires.  Ces deux sujets me sont inspirés par les textes de la Parole de Dieu que nous venons d’entendre.

Premier exemple : l’accueil des enfants à naître

Au livre du prophète Isaïe, on lit : « J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé.  J’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom ».  Au cours des dernières années, combien de fois nous sommes-nous fait rabattre les oreilles par ce qui a été appelé « les orphelins de Duplessis ».  Combien de fois a-t-on exposé en long et en large les erreurs commises durant cette période.  Et pourtant, ces erreurs – car il y en a- ne sont rien en comparaison de la somme des actes héroïques posés par tant d’hommes et de femmes, surtout des femmes, qui, au nom de leur foi, ont consacré toute leur vie pour que des enfants puissent naître, vivre, grandir et s’épanouir.  Combien de personnes, ici même dans cette église, pourraient témoigner qu’elles ont été sauvées grâce au dévouement des communautés religieuses d’autrefois.  Comme peuple québécois, soyons-en reconnaissants !

Aujourd’hui, dans les mêmes conditions (car la vie humaine, à toutes les époques, est un combat), que faisons-nous ?  Nous tuons les enfants dans le ventre de leur maman !  22 000 avortements par année au Québec !  Voilà le résultat de l’émancipation de la religion !  Est-ce cela qu’on appelle l’évolution ?

Mais, comme chrétien, comme peuple de prophètes, s’il nous faut dénoncer le mal et le mensonge, il faut aussi et surtout annoncer la venue du Royaume.  Et pour lutter contre ce fléau de l’avortement, il n’y a pas d’autre chemin que celui du Christ : donner notre vie pour que d’autres aient la vie !

Dans quelques années naîtront et fleuriront des communautés nouvelles qui accueilleront les femmes au prise avec une grossesse non désirée, les femmes et les couples blessés par l’avortement.  Mais, pour le moment, cela revient à l’initiative de chaque personne habitée par l’amour du Christ, et en particulier les grands-parents.  Je pense ici à mon amie Nathalie dont la fille de 16 ans vient d’avoir des jumeaux.  Si les grands-parents ne sont pas derrière, les jeunes parents ne pourront jamais prendre soin de ces petits enfants.  Et ils le savent bien, les grands-parents, ce qu’il va leur en coûter de sacrifice… mais ils savent aussi quel bonheur ils vivent et il se préparent !

Deuxième exemple : le repos du dimanche

Oserai-je aborder un 2e sujet.  L’Évangile nous dit : « Le 8e jour, ils vinrent pour la circoncision de l’enfant ».  Ce 8e jour me rappelle le jour de la Résurrection, le dimanche, et le respect du dimanche.  Comme peuple et société fondée sur les valeurs de la foi chrétienne, nous avions choisi, ensemble, de limiter l’envahissement du commerce en faisant du dimanche un jour férié, un jour de repos pour tous.  C’est une valeur fondamentale de la foi chrétienne car la personne humaine n’est pas une machine, ni un simple animal.  Elle a droit au repos.

Aujourd’hui, les commerces sont ouverts sept jours sur sept et du matin jusqu’au soir.  Mes amis, je vous le demande, à qui cela profite-t-il ? Aux familles ?  aux petits commerçants ?  aux employés ?  Non !  Cela profite uniquement aux grandes entreprises qui viennent chez nous imposer leur loi, la loi du libre-marché, i.e. la loi de la jungle.  Ils viennent pour détruire les petits commerçants de chez-nous.  Ils viennent pour détruire la famille. Ils viennent pour détruire les fondements de notre foi chrétienne catholique.  Car, il est évident que des personnes qui vivent dans une famille unie et selon les valeurs de la foi, ces personnes-là ne se laissent pas envahir par la consommation effrénée; ils sont donc de « mauvais » consommateurs, ils enlèvent des profits aux grandes entreprises.  Il faut donc les détruire.  Voilà la loi du libre-marché ! Voilà le combat de titans qui se joue sous les apparences anodines d’un commerce ouvert le dimanche.  Et voilà tout ce que nous perdons lorsque nous abandonnons notre héritage de foi.

Mes amis, en cette fête de la Saint-Jean-Baptiste, proclamons notre foi avec fierté et engageons-nous résolument sur le chemin d’une prière fervente, constante et généreuse, seul chemin vers l’espérance.  Engageons-nous résolument sur le chemin d’une charité véritablement chrétienne.  Tel sera notre contribution pour que les prochaines générations puissent vivre dans une société de liberté et de vérité, de justice et de paix.

L’apport des immigrants

Et je ne peux terminer sans souligner l’apport inestimable des immigrants qui arrivent chez nous par milliers.  La majorité d’entre eux sont  porteurs des valeurs et de la foi chrétiennes.  Comme autrefois les Marie de l’Incarnation, François de Laval, Catherine de St-Augustin et tant d’autres, ils apportent aujourd’hui cette foi chrétienne qui, seule, peut redonner l’espérance à notre société.  Lorsque je regarde autour de moi, je constate que les deux séminaristes que nous avons cette année dans notre diocèse sont colombiens, que l’animateur du camp de LaSalle à St-Alphonse est haïtien, celui du centre InAfu à St-Esprit est péruvien.  Et combien d’enfants inscrits à La P’Tite Pasto ou à l’Éveil religieux sont d’origine étrangère ?  Et combien de fois, les jeunes familles présentes à nos célébrations eucharistiques sont d’origine étrangère ?  En votre nom à tous, je leur dis « Merci » de nous aider à retrouver notre héritage de foi.

Ainsi, le Québec de demain sera multi-culturel, mais toujours il sera fondé sur les valeurs inestimables et irremplaçables de la foi chrétienne.  Amen.

Nicolas Tremblay, prêtre du Seigneur.

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